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Côte D`Ivoire : N`Da Amoin Edith ose avec le ``NzanToukou``
Publié le 22/06/2018
Ivoirienne et originaire du centre, N'Da Amoin Edith, alias Nubienne, passionnée de culture et de tradition en général, a très tôt gravi les échelons dans une structure de bâtiment de son pays.

Entrée en 2005 comme assistante de direction dans cette entreprise, elle y est aujourd'hui responsable des moyens généraux. D’une ingéniosité débordante, avec un faible prononcé pour l’entrepreneuriat, N'Da Amoin Edith veut mettre en valeur le “koutoukou’, une boisson artisanale locale, à l’instar d’autres nationaux de divers horizons. Animatrice de ''BEBALI''(Ils ou Elles sont arrivé(e) s en baoulé), une page sur Facebook, elle nous ouvre son antre pour un entretien….

Pourquoi Nubienne?

Nubienne c’est toute une histoire et elle est surtout liée à mes origines et singulièrement à ma morphologie . Pour la petite histoire, toutes les fois qu'on m'a demandé mon ethnie que je rétorquais Baoulé, les gens avaient du mal à croire. Puisqu’à les entendre, je serais une Malinké ou quelqu'un de la corne de l'Afrique ou même de l'Afrique du Sud. En fin de compte, je me suis dit, de toute façon, que je sois Malinké, de l'Afrique du Sud ou de la Côte d’ivoire, l'Afrique et la Nubie notamment est le berceau de l'humanité, donc un pan de l’histoire de l'humanité. En plus, c’est de là que découle toutes les civilisations. Cet esprit m’a ainsi confortée dans ma position et Nubienne est resté. Avec Nubienne c’est l'Afrique qui est honoré, je viens d'ici et de partout ailleurs. Sinon, je suis avant tout Baoulé et ma grand-mère paternelle est gouro. Donc j'ai 25 % de Gouro et 75% de baoulé.

Il nous plairait bien d’en savoir davantage sur votre parcours professionnel et vos activités connexes?

Et c’est bien un réel enthousiasme que d’en parler surtout que j’ai du bosser avec hargne pour gravir les échelons au sein d’une structure de bâtiment. Mais avant, sachez que je suis entrée dans cette entreprise depuis 2005 comme assistante de direction. Tant bien que mal, nous nous sommes mises au travail avec la ferme volonté de réussir et d’avancer. Le courage, la persévérance dans le travail ont fini par payer. J’y suis aujourd’hui responsable des moyens généraux.

Je suis, qui plus est, une passionnée de culture et de tradition de façon générale. De ce fait, nous avons créé sur facebook ''BEBALI''une page culturelle qui veut dire ''Ils ou Elles sont arrivé(e) s’’ en baoulé. C'est un thème assez rassembleur. En association avec trois co-administrateurs, j’anime cette page qui, j’estime, rend d’énormes services aux férus de cultures et de tradition, base de tout développement.

«NzanToukou » est votre création, voudriez-vous brièvement nous présenter cette trouvaille?

«NzanToukou», à la base, est de l'eau de vie de palme. C'est ce que nous appelons dans le langage populaire ivoirien le ''KOUTOUKOU''. Et vous êtes sans savoir que cette boisson, ici en Côte d'ivoire, est l'alcool de bas de gamme qui n'est pas assez valorisée. Je vais même plus loin pour dire que pour certains, les consommateurs de cette boisson se font hara kiri étant donné que le dosage ne respecte aucune norme.

Notre objectif est donc de valoriser et privilégier cette boisson locale naturelle en y apportant un savoir-faire qui respecte les normes pour en faire une des vitrine du made in Côte d’Ivoire. Et moi, je suis déjà dans cette vision il y a un peu plus de 10 ans. Depuis ce moment, je l’utilisais pour faire des cocktails mais uniquement dans des cercles privés, pour des amis qui avaient des réceptions.

Et il y a quelques années, ma fille a attiré mon attention sur un fait qui est bien réel. Elle me l'a dit en ces termes: ''Maman tu gaspilles ton talent tu devrais commercialiser ça''. A cette époque, Elle venait d'obtenir le BAC. Et il a fallu qu'elle prenne à cœur et finisse ses études de commerce, marketing et de communication. Puis qu'elle vienne s'installer à Abidjan, bien entendu, à côté de moi pour vraiment me booster. Sous ses conseils avisés, il y a moins d'un an, je me suis lancée sur le marché. Pour la dénomination, «NzanToukou», la racine ''Nzan'' veut dire boisson en Baoulé et ''Toukou'' est la contraction de ''KOUTOUKOU''.

On constate l’utilisation de plusieurs ingrédients dans cette boisson. Ce sont notamment le Bissap, le gingembre, le citron...Qu’en est-il exactement?

Au fait, c'est aromatisé à plusieurs parfums. Je dois avoir à mon actif une douzaine de parfums. Les premiers sont le gingembre, le bissap, le citron, le café, le cacao, le tamarin, la passion, le rônier aussi. A cela s’ajoutent le baobab, et la mangue. Pour la mangue, j’ai profité de la saison des mangues pour développer aussi ce parfum que je vais mettre en bouteille prochainement.

Les gens l'apprécient?

Pour l'instant, je dirai que le marché nous est favorable.

Et le marché africain?

Pour le moment, nous avons fait la part belle à un cercle restreint. Simplement parce que je viens de me lancer, nous ne voulons pas mettre la charrue avant les bœufs. il y a besoin de ficeler et d’asseoir le concept sur une base solide. Il n'y a donc pas encore de raffut autour. (Rire) Il n‘ y a que des initiés pour l'instant, des gourmets qui s’y connaissent.

Quelles qualités, selon vous, semblent indispensables pour se lancer dans cette aventure ? Quelles en sont les données incontournables pour réussir ?

Oulala! Il est important d’avoir la jugeote et savoir déjà concilier vie professionnelle et activité parallèle parce que ce n'est pas évident. Surtout quand déjà on a un poste à responsabilité dans une structure. «NzanToukou», compte tenu de mes objectifs à long terme, je le fais toute seule pour l'instant. C’est mon bébé, la prunelle de mes yeux. Je pense qu'il faut de la patience et vraiment y croire.

On sait en général que le domaine des boissons alcoolisées est réservé aux hommes. A votre avis, cela est-il plus compliqué lorsque l'on est une femme?

Non pas véritablement. il est vrai qu'en général, les femmes sont cantonnées dans les jus classiques pas dans les alcools. Mais jusqu'à présent je n'ai pas rencontré de problème. Voyez les Punch aux Antilles ce sont les femmes qui en font dans l’ensemble. Je considère, moi, que le «NzanToukou» est une forme de Punch.

Qu'est-ce que l’entrepreneuriat a-t-il changé dans votre vie?

(Rires). Pour l'instant rien d’autre qu’un peu plus de boulot. Ce n’est pas évident de travailler sur plusieurs fronts. Il faut finir pour le domaine professionnel avant d’aller continuer à la maison pour démarcher...L’un dans l’autre, disons que j'ai moins de temps à consacrer à moi même, à mes enfants ...Puisque je suis une passionnée, j’essaie, à mon corps défendant, de trouver moi même du temps à cette passion.

Avez-vous rencontré des difficultés? Si oui, quelles en sont les principales?

Nous sommes régulièrement confrontées à une kyrielle de difficultés dont l’essentielle demeure les préjugés liés à la boisson de base le ''KOUTOUKOU''. Déjà que la bouteille fait 8000F y compris le transport, l'emballage, les étiquettes, tous ces facteurs sont balayés du revers de la main.

Et malheureusement, j’en suis ahurie, les gens ne retiennent que le stéréotype puis banalisent en disant du ''KOUTOUKOU'' à 8000 F? sans même mettre en relief la valeur ajoutée qui en fait une boisson raffinée autre que le “Koutoukou” ordinaire. Voyez-vous, c’est cela le hic fondamental. Pour le reste, il faudra bien un changement de mentalité parce que personne ne viendra développer notre pays et faire la promotion de nos produits locaux à notre place. Encourageons les initiatives, abandonnons les préjugés que l’on a par rapport à nos produits car on ne sait pas les mettre en valeur. Et je trouve cela dommage.

Comment appréhendez-vous le futur de votre entreprise ?

Je la vois grandissante, en véritable expansion et je suis très positive. De toute évidence, je pense que la base de ce qu'on entreprend c'est d'y croire donc la positivité.

Quels conseils donneriez-vous à une femme qui rêve de suivre votre exemple et de se lancer dans un tel domaine?

Déjà qu'elle ne tienne pas compte des préjugés. Que l'alcool n'est pas lié à la gente masculine et que les femmes aussi peuvent bien s'y lancer. Ensuite d'être persévérante.

Un mot à ajouter pour terminer?

Croyez en votre passion, transformez cette passion en réalité et faites en sorte de pouvoir demain y vivre.

Florence Bayala
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