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Pourquoi la flambée du pétrole n'effraie pas la Bourse
Publié le 07/05/2018
Le cours de l’or noir a regagné plus de 50% en un an sans pénaliser le CAC 40. Embellie conjoncturelle, influence de Total et pouvoir de prix des entreprises expliquent cette corrélation positive.
La brusque accélération du cours de l’or noir au mois d’avril (+7% pour le Brent) n’a pas entravé la marche en avant des Bourses mondiales, et singulièrement du marché français : l'indice CAC 40 a gagné 6,8% sur la même période.

Le phénomène remonte à plus loin. Depuis le printemps 2015, la courbe de l’indice parisien épouse assez bien celle du pétrole. Et alors que le cours du Brent a quasiment triplé depuis début 2016, passant de 28 dollars le baril à 74 dollars ces jours-ci, le CAC 40 a progressé de 22% dans le même temps.

Choc de demande ou d'offre ?
Le constat peut surprendre. Dans un pays qui, comme la France, ne produit aucune goutte de pétrole, la hausse des prix de l’or noir représente une ponction de richesse à la fois pour les ménages et les entreprises. Les premiers subissent une augmentation de leur facture en énergie (plein d’essence, fuel de chauffage, etc.) qui pèse sur leur pouvoir d’achat ; les seconds un alourdissement de leurs coûts, plus ou moins pénalisant selon le caractère énergivore de leur activité.

Mais la corrélation entre la Bourse et le pétrole dépend pour beaucoup des causes de la flambée de l’or noir. L’effet n’est pas le même selon que cette flambée est le symptôme d’une embellie conjoncturelle (donc d’une augmentation de la demande pétrolière) ou d’un choc d’offre (diminution de la production pétrolière).

«Une corrélation positive entre pétrole et Bourse est le signe d’un choc de demande (pétrole et Bourse montent ensemble, ou baissent ensemble), une corrélation négative est signe d’un choc d’offre», résume Stéphane Déo à la Banque Postale AM.

Le stratégiste rappelle l’épisode de la guerre en Irak (été 1990) : les marchés d’actions avaient très mal encaissé la flambée du pétrole consécutive à la diminution de la production. À l’inverse, la Bourse a monté en même temps que le pétrole lors de la reprise économique de 1995-1997.

La situation actuelle est moins tranchée : le rebond de l’or noir, surtout ces dernières semaines, a été en partie provoqué par des facteurs d’offre résultant de tensions géopolitiques (situation au Moyen-Orient autour de la Syrie et de l’Iran ; effondrement de la production du Venezuela).

Mais «la hausse depuis 2016 est essentiellement due à la hausse de la demande» sur fond de raffermissement de l’économie mondiale, explique Stéphane Déo, citant une étude de la Fed de New York qui décompose les effets de demande et d’offre dans l’évolution du cours du pétrole.

Un biais Total au sein du CAC 40
Il existe par ailleurs, à la Bourse de Paris, un gros «biais» pétrolier. L’action Total, très favorisée par toute hausse de l’or noir, est de loin la première pondération du CAC 40 (10%). Sa récente hausse de 11% en un mois équivaut ainsi à un gain de 1,1% pour l’indice phare. De son côté le titre TechnipFMC - certes un poids plume par comparaison (1% du CAC 40) - a bondi de 20% sur un mois !

Mais certaines valeurs de la cote parisienne pâtissent, à l’évidence, de la remontée du pétrole.

La première d’entre elles est Air France KLM : la consommation en kérosène de la compagnie aérienne représente environ un quart de son chiffre d’affaires, selon des estimations d’analystes. Le groupe vient ainsi d’annoncer s’attendre à une baisse «sensible» de son résultat d’exploitation cette année en raison de l’impact de la grève des pilotes, mais aussi de la remontée du prix du pétrole.

La chimie est un autre gros consommateur de produits dérivés de l’or noir. Toutefois les industriels tels Arkema et Solvay profitent par ailleurs du climat conjoncturel propice, même si la baisse du dollar a affecté leurs résultats du premier trimestre.

De l'importance du pouvoir de prix
Ayant analysé les chaînes globales de valeur, Natixis a identifié comme secteurs à forte intensité énergétique «les transports, par voies aérienne, maritime et routière, mais aussi la chimie, la métallurgie et les plastiques».

Or selon les experts de la banque, la capacité des entreprises à répercuter la hausse du pétrole dans leurs prix de vente, afin de maintenir leurs marges, est globalement élevée. Encore plus rassurant : les secteurs qui ont le plus de difficulté à passer des hausses de prix, à savoir les télécommunications et technologies de l’information, «ont de toute façon une production peu sensible aux prix du pétrole»…
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