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Comment Philippe a basculé dans le camp Macron
Publié le 17/11/2017
En acceptant de passer dans le camp macroniste, le Premier ministre Édouard Philippe a pris un risque politique qui le condamne à la réussite à Matignon.

Depuis six mois, il vit ce que d'aucuns appellent "l'enfer de Matignon": Édouard Philippe fut la première surprise du quinquennat d'Emmanuel Macron. Avant d'être nommé Premier ministre, le juppéiste semblait déjà s'être fait une raison: avec la défaite de son mentor lors de la primaire de la droite, les portes du pouvoir s'étaient fermées pour lui. Sa demande pour réintégrer le Conseil d'Etat était déjà prête.

Croisant opportunisme politique et cohérence idéologique, Emmanuel Macron a pourtant choisi de catapulter ce quasi-inconnu du grand public à la tête de son gouvernement. Dans un long article consacré à Édouard Philippe, Les Échos relatent le basculement de celui qui n'était dans l'entre-deux-tours "que" maire du Havre, et s'apprêtait alors à commettre une transgression lourde de conséquences pour Les Républicains de plus en plus divisés.

Macron-compatible

À en croire le patron du groupe Nouvelle gauche à l'Assemblée nationale, le député Olivier Faure, franchir le Rubicon était la suite naturelle du parcours politique d'Édouard Philippe:

"Il est dans une logique qui correspond peu ou prou à ce qu'il a toujours défendu. Finalement dans cette histoire un peu folle de la République en marche, il est peut-être celui qui affiche la plus grande cohérence. Comment lui reprocher son choix? En réalité, c'est Alain Juppé qui a été élu..."
"Rien dans le projet de Macron n'était totalement orthogonal par rapport à ce que nous avions défendu. Chaque jour passé ici le démontre", confirme aux Échos son alter ego Gilles Boyer, devenu son conseiller à Matignon.

Première rencontre

Le candidat Fillon éliminé, la consigne de vote à donner aux électeurs pour le second tour de l'élection présidentielle devient, dès le 24 avril, une véritable pomme de discorde pour la droite. À l'issue d'un bureau politique houleux de LR, décision est prise d'appeler à "faire battre Marine Le Pen", sans pour autant recommander de "voter Macron".

"Refuser de voter Macron face à Marine Le Pen, c'était faire tomber une digue absolue", se souvient, toujours dans Les Échos, le député "constructif" Thierry Solère, présent comme Édouard Philippe à cette réunion. "Nous sommes ressortis de cette réunion absolument consternés, et très conscients que quelque chose venait de se casser."
Déjà sollicité à plusieurs reprises par Emmanuel Macron, Édouard Philippe décide de répondre à son invitation, et se rend en compagnie du député des Hauts-de-Seine au QG d'En Marche, pour un rendez-vous tenu secret. Édouard Philippe raconte:

"Nous avons discuté de façon très générale. Un échange très franc, direct. J'en suis ressorti une heure plus tard, en me disant qu'Emmanuel Macron avait les idées très claires, en particulier sur la recomposition à venir, mais aucune proposition concrète ne m'a été faite."
Bon soldat

Malgré la désapprobation d'Antoine Rufenacht, son prédécesseur à la mairie du Havre, et le scepticisme initial de son père spirituel Alain Juppé, Édouard Philippe accepte de se placer dans la roue d'Emmanuel Macron. La hiérarchie est très claire entre le président et lui.

"Je suis intimement convaincu qu'il n'est pas là pour regarder passer les trains", plaide son ami Benoist Apparu. (...) "Il n'y a pas d'ambitions rivales entre les deux. Or ce sont ces questions-là qui pourrissent la relation entre un président de la République et son Premier ministre. Edouard sait évidemment que la question de 2022 ne se pose pas pour lui..."
Quand bien même le Premier ministre songerait-il à des lendemains élyséens, son unique espoir serait alors de réussir à Matignon. En quittant Les Républicains, le poids politique d'Édouard Philippe, déjà limité, s'est encore réduit comme peau de chagrin. Cette obligation de résultat n'a pas échappé au directeur de cabinet d'Édouard Philippe, Benoît Ribadeau-Dumas, dont la nomination a été arrachée à l'Élysée par le Premier ministre:

"Nous voulons être pour le président ce que Mauroy a été pour Mitterrand, ou Barre pour Giscard: alignés, loyaux, bosseurs... pas juste des collaborateurs", détaille-t-il.
Un équilibre susceptible d'être modifié par la création éventuelle d'un parti "constructif" dont Édouard Philippe, aujourd'hui sans parti, apparaîtrait alors comme le leader naturel.
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